Venise et les valises à roulettes ?

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venise-valisesLa presse s’est largement faite l’écho de l’idée d’interdire les valises à roulettes à Venise, pour cause de bruit. Les habitants s’en plaindraient. La mairie vient de démentir, quoique l’idée a été exprimée.
Bien sûr, il faut comprendre qu’en vivant près de la gare ou des arrêts de vaporetto, les vénitiens entendent ce bruit du matin au soir et disons-le une grande partie de la nuit. Et dés le matin, très tôt, quand ce ne sont pas les touristes, ce sont les livreurs qui peuvent réveiller la population encore légitimement endormie.
Mais je voudrais replacer cette nuisance des valises à roulette à Venise dans un certain contexte typiquement vénitien.

Les bruits de la vie vénitienne

Dans certains quartiers de Venise, touristes ou pas, il a toujours été difficile de dormir tôt ou faire la grasse matinée. Les habitants du campo Santa Margherita ne me contrediront pas. Ni ceux de la zone du Rialto. Ni ceux de la strada Nova et j’en passe.

Quand bien même inventerions-nous des valises sur coussin d’air, le niveau de bruit ne changerait pas fondamentalement.
Certes le bruit peut déranger mais j’y ressens plutôt un agacement des vénitiens par rapport à l’envahissement du tourisme de masse.

Les touristes à Venise

J’ai souvent observé une évolution des mentalités. Les vénitiens ont toujours accueilli de nombreux visiteurs, tout au long de leur histoire. Ils sont un peuple très sociable et ouvert. Mais voilà…
Pour différentes raisons, Venise est devenue une destination incontournable et, c’est un fait, les gens voyagent de plus en plus.
Le nombre de touristes croît sans cesse. Les ruelles sont bondées. Les déplacements à pied deviennent par endroit chaotiques. Le problème réside dans le fait que les touristes font du lèche-vitrine tandis que les vénitiens se dépêchent d’aller au travail. Le rythme de déplacement n’est pas du tout le même. Et je ne vous dit pas les soucis en cas d’acqua alta…
Et, disons-le aussi, certains touristes visitent Venise sans la moindre idée sur ce qu’ils voient. J’ai même vu des touristes se faire photographier “sur” le pont des Soupirs, avec en toile de fond l’île de San Giorgio. Eh oui. Ils avaient pris le pont de la Paglia pour celui des soupirs et se faisaient photographier “à l’envers”, en regardant, eux, le pont des soupirs, sans le savoir. Mais le vrai pont des soupirs, accroché en hauteur entre le Palais des Doges et les prisons, n’avait aucun sens pour eux. Ne riez pas, il paraît que le fait est assez fréquent.
Mais c’est normal. Parmi les touristes, il y en a qui ne cherchent pas la moindre information avant leur visite. Ils découvrent ce qu’ils ont sous les yeux avec un filtre, “j’aime-j’aime pas” et ils en restent là. Cela me rappelle qu’il y a quelques années, il avait été question d’un “permis” pour visiter Venise. Mort de rire.
On peut donc comprendre la réaction des vénitiens qui ne peuvent avoir de considération pour des touristes si peu informés et si peu curieux. Alors en plus, s’ils se traînent avec des valises à roulettes bruyantes, souvent le nez en l’air sans regarder devant eux, ils deviennent une cible du mécontentement vénitien et, avec eux, l’ensemble des touristes.
Mais, le fond du problème n’est-il pas ailleurs ?

Le tourisme de masse à Venise

La difficulté majeure n’est-elle pas de réguler ce tourisme de masse qui apporte si peu aux vénitiens eux-mêmes ? Autrement dit, les vénitiens qui commencent à prendre en grippe les touristes, ne devraient-ils pas mieux se retourner contre les causes du problème, c’est-à-dire les orientations politiques et économiques de la cité, de la région et du pays ? Car en effet, toute l’économie vénitienne ne dépend pas entièrement de la commune de Venise qui a, certes, ses responsabilités. Mais la province et l’état interviennent aussi, sans lesquels il n’est pas possible de faire évoluer la situation.
Les vénitiens ne doivent pas se tromper de cible et, pour résoudre la surpopulation touristique, bien réelle, peut-être devraient-ils se tourner vers leurs responsables locaux et nationaux.
Sans oublier que des grandes sociétés privées ont également la main mise sur certains aspects du tourisme.

C’est tout cet ensemble gigantesque d’intérêts divers et contradictoires, ce mammouth, que les vénitiens doivent réussir à bouger. A moins qu’ils ne doivent bouger l’ordre mondial ?
Alors, voyez-vous, le problème de bruit occasionné par les valises à roulettes, à côté, cela reste un épiphénomène et je dirais un faux problème.
Mais je reconnais qu’il puisse devenir agaçant.

 

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