Navires de croisière à Venise, je t’aime, moi non plus

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Les navires de croisière à Venise (certains transitent et d’autres démarrent leur croisière depuis Venise) arrivent de la mer Adriatique par la passe de San Nicolo au nord du Lido, longent le bassin de Saint Marc au Sud de Venise et traversent le canal de la Giudecca pour rejoindre le port de croisière de Venise.
Ces immenses paquebots passent donc à proximité immédiate de la place Saint Marc, du Palais des Doges et de bien d’autres palais et édifices vénitiens.

Navires de croisière à Venise et pollution atmosphérique

Navires de croisière à VeniseL’association France nature environnement (FNE) a mesuré qu’un paquebot à l’arrêt polluait autant qu’un million de voitures, en termes d’émission de particules fines et de dioxyde d’azote.

En effet, les navires de croisière utilisent un fioul lourd. Il est maintes fois plus toxique que celui de nos voitures ou camions circulant au diesel. La consommation des navires de croisière avoisine les 250 / 300 tonnes de fioul par 24h, très chargé en soufre (3,5 %). Ils rejettent de l’oxyde de soufre, de l’oxyde d’azote et et des particules fines.
Et sachez que les moteurs fonctionnent continuellement, même le bateau à quai, pour alimenter les besoins des passagers. Une partie de la pollution est renvoyée par le vent vers la terre ferme ou l’Adriatique.

Notons par contre que certains navires sont désormais équipés de scrubbers, des systèmes de lavage des fumées qui réduiraient de 90 % les émissions d’oxydes d’azote et de soufre, et les microparticules supérieures à 100 nanomètres.

La pollution atmosphérique semble donc certaine. Objectivement, je ne pense pas qu’il puisse y avoir discussion.

Les navires de croisière, mais pas seulement

Cependant, il faut préciser par souci d’objectivité, que la pollution à Venise est plus importante l’hiver que l’été. Or, l’hiver, les navires de croisière à Venise sont beaucoup moins nombreux, voire absents. Il semble donc que les navires de croisière ne soient pas les seuls responsables de la pollution atmosphérique.

En effet, les navires de croisière et les remorqueurs ne sont pas les seuls bateaux à moteurs dans la lagune. Restez quelques instants sur le quai de San Zaccaria, loin du port de croisière donc. Lorsque le vent ramène les fumées vers les quais, vous sentirez l’odeur de gaz d’échappement des bateaux qui circulent dans la zone.
De plus, il faudrait peut-être aussi mettre en cause les industries polluantes de Marghera.

On peut en conclure que les navires de croisière polluent, mais qu’ils ne sont pas seuls responsables de la pollution atmosphérique, bien qu’ils y concourent.

Navires de croisière à Venise et les dangers de la navigation

Les craintes

Passage des navires de croisières à Venise
Le passage des navires de croisière (en bleu) rejette les sables et la vase sur les côtés (en jaune) rétrécissant d’autant la largeur praticable du chenal

Les navires de croisière longent le Palais des Doges ou l’église de la Salute. Le bassin paraît large mais en réalité, il est comblé par les sables et les vases sur les côtés. Il ne laisse aux immenses bateaux de croisière qu’un chenal relativement étroit pour naviguer.

Et de plus, ce chenal nécessite des changements de direction. Là, le danger d’une fausse manoeuvre et d’un échouage des navires sur les quais de Venise paraît irréfutable. Rappelons-nous l’accident du Concordia en 2012 en Méditerranée, un bateau moderne, pourtant muni de tous les systèmes de sécurité.

Les arguments des uns et des autres

On rétorque que les bateaux avancent très lentement. Qu’ils sont guidés par des remorqueurs et donc, ne peuvent pas quitter leur route.

Rappelons-nous que ces navires, certains de 96 000 tonneaux (environ 94 000 tonnes) ne possèdent pas de freins comme dans une voiture. Et la force d’inertie empêche de stopper net le bateau, en cas de besoin.
Donc, même guidés par des remorqueurs (qui soit dit en passant contribuent aussi à la pollution atmosphérique), la circulation des grands navires de croisière n’est pas sans danger pour les édifices de Venise, les vénitiens et peut-être les passagers eux-mêmes.
Le danger d’un échouage, sauf à croire en la perfection humaine, est toujours présent. Là encore, objectivement, je ne pense pas qu’il puisse y avoir discussion.

Ah si ! Certains rétorquent encore : Impossible qu’un navire heurte les quais. Car sur les bords, la profondeur du chenal n’est pas suffisante et le bateau serait freiné par la vase du fond de l’eau.

Navires de croisière à Venise et dérèglement de la lagune

Déplacements d’eau gigantesques

Les navires de croisière à Venise comme ailleurs, aussi sophistiqués soient-ils, obéissent tous à un principe simple, connu depuis le IIIe siècle av. J.-C. et formulé par Archimède. Tout corps plongé dans l’eau reçoit une poussée verticale égale au poids du volume d’eau déplacé. Je vous la fais simple : Ces navires de croisière déplacent donc de l’eau sur leur passage. Mais, quel volume !!! Les plus gros navires autorisés mesurent 300 m de long, 32 m de large, 60 m de haut et plongent de 6-7 m sous l’eau.
Soit 57 600 m3 environ sous la ligne de flottaison.

A chaque passage de navire de croisière, c’est donc 57 600 m3 d’eau qui sont déplacés. Ils ont tendance à emporter avec eux les algues et herbes sous-marines censées fixer le sol. Le sable et la vase eux-mêmes peuvent donc être emportés, les particules étant rejetées sur les côtés ou emportées vers l’Adriatique, au gré des courants marins et des marées.
Evidemment, cela ne se voit pas depuis l’extérieur (voir la carte ci-dessus).

Les ondes se propagent sous l’eau

De plus, les ondes sous-marines créées par les hélices se propagent sous l’eau et viennent heurter les fondations des édifices. Le ciment entre les briques ou les pierres se fissure. Puis il est aspiré par l’eau qui se déplace. Les briques ou les pierres se délitent. Les fondations s’affaissent. Et quand on sait que tout cela est sous l’eau, on imagine aisément la complexité technique à mettre en oeuvre pour reconstruire et consolider.

Notons que le même phénomène existe aussi, à une échelle peut-être moindre, à l’intérieur de Venise, à cause des autres embarcations à moteur.

comitato no grandi navi On peut être amené à penser que les navires de croisière à Venise, oui, pèsent sur l’environnement et la sauvegarde de la lagune. C’est la position de nombreux vénitiens, comme ceux du Comitato No Grandi Navi.

Mais le problème est-il leur passage devant Saint Marc ou carrément, leurs présences dans la lagune ? Les avis divergent quant aux solutions. Je vous les expose dans la page suivante.

Les navires de croisières à Venise : 

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