Tourisme de masse ou tourisme à Venise


Qu’entend-on par tourisme de masse ou tourisme à Venise ? Les uns appellent au redéveloppement du tourisme, les autres veulent mieux orienter et maîtriser le tourisme. Alors, voici quelques éléments pour bien comprendre de quoi les uns et les autres parlent.

D’abord, de quelle Venise parlons-nous ?

Venise, c’est une communauté de communes de plus de 220 000 habitants, Mestre en fait partie par exemple. Mais Venise centre historique compte 51 200 habitants (fin janvier 2021). Donc, on peut affirmer que Venise est minoritaire dans les décisions de Venise, comprenez : le centre historique, celui que nous allons visiter, est minoritaire dans les décisions de la communauté de communes.
Donc, on doit toujours bien préciser ou se faire préciser de quelle Venise il est question. Sans précision, c’est une généralité qui sème la confusion.

Quelques idées reçues sur le tourisme de masse à Venise

Le sur-tourisme profite aux Vénitiens

Venise accueille habituellement entre 25 et 30 millions de touristes annuellement. On compte donc 1 habitant pour 570 touristes environ. Pour mieux vous rendre compte, prenez le nombre d’habitants de votre ville et multipliez-le par 570. Cela vous donnera une juste idée du nombre de touristes qui pourraient envahir votre ville chaque année. Vous allez comprendre les difficultés posées.
On lit parfois : Oui, mais ces touristes rapportent à Venise. Venise, mais laquelle ? Certains commerçants touristiques du centre historique, oui, les commerçants et hôtels de la communauté de communes, oui, comme ces immenses hôtels bas de gamme en construction sur la terre ferme. Mais les vénitiens, certainement pas. Les Vénitiens profiteraient de cette manne, il y a longtemps qu’ils auraient fait crépir leurs murs délabrés.

Les navires de croisière

Les navires de croisière (bateaux de haute mer) sont une ineptie dans une lagune peu profonde, un milieu par nature instable et fragile.
Donc, il faut souhaiter que ces navires quittent définitivement non seulement le port de Venise, mais aussi celui de Marghera.
Mais attention, il faut être précis, là encore. Ce ne sont pas les navires de croisière qui contribuent le plus au tourisme de masse. En effet, environ 6% du nombre de touristes sont des croisiéristes. Donc, sans navires de croisière, ce qui est à souhaiter, le tourisme de masse représenterait encore 94% de ce qu’il est. Ce n’est pas l’interdiction des navires de croisière qui va réduire notablement le tourisme de masse.

Le tourisme de masse pose 2 problèmes

Ce qu’on entend par tourisme de masse, ce ne sont pas les voyages organisés, mais c’est la surpopulation touristique et le manque d’éducation de certains touristes.

La surpopulation touristique

Ce qu’on entend par tourisme de masse, c’est cet envahissement par les flâneurs des ruelles, des ponts, des vaporetti, etc. Les habitants sont empêchés de monter dans un vaporetto saturé, les retardant pour arriver au travail ou lorsqu’ils vont chercher leurs enfants à l’école, obligeant les anciens à slalomer les bras chargés de courses, etc. Et ne parlons pas des livreurs, postiers, agents d’entretien et autres travailleurs.

Tourisme de masse ou tourisme à VeniseEt de plus, ce surtourisme transforme la ville. Les commerces de première nécessité ferment, pour laisser éclore des commerces pour touristes, de souvenirs asiatiques, de nourriture rapide, etc. Les habitants sont chassés. Venise n’est pas une ville faite pour accueillir tant de touristes, touristes dont, affirmons-le clairement, nous sommes tous.
Eh oui, sauf à visiter Venise en hiver, les 9 autres mois de l’année, nous faisons tous partie de ce sur-tourisme, même si nous traitons Venise avec respect. Nous ne faisons pas partie des “bons touristes” et les autres des “mauvais touristes”. Nous faisons partie des touristes.

Le manque d’éducation

Ce tourisme de masse draine aussi des populations qui sont, en partie, peu habituées à voyager, démocratisation des voyages oblige. Certaines personnes sont mal éduquées et manquent de respect aux vestiges artistiques, aux édifices, aux rues, comme aux habitants.
Détritus de pique-nique à VeniseCertains touristes se libèrent totalement de toute règle sociale et se comportent parfois avec une totale désinhibition, comme ils ne se comporteraient pas chez eux. Ils ne viennent pas visiter la cité d’art, ils se défoulent dans une sorte de carnaval à visage découvert. Eh bien non, Venise n’est pas un Disneyland où faire la fête sans retenue. Tous les visiteurs doivent savoir que tout n’est pas permis.

Le tourisme à Venise

L’économie de Venise repose en grande partie sur le tourisme et peu de Vénitiens le refusent. Mais il ne doit pas devenir envahissant au point de chasser les habitants de leur ville… comme d’ailleurs il chasse aussi certains touristes amoureux de Venise.

On compte que Venise perd environ 1000 habitants par an. Un décompte est suivi dans la pharmacie Morelli, campo San Bartolomio, décompte initié par venessia.com . Les habitants vivent difficilement à Venise, les appartements sont orientés locations saisonnières et les Vénitiens ne trouvent plus à se loger à l’année.
Mais attention : Si les Vénitiens quittent leur ville, c’est aussi que, comme partout, les centres historiques n’offrent pas toujours les commodités et le modernisme attendu. Le sur-tourisme n’en est pas la seule cause.
Et, là encore, rectifions une idée reçue : Si tant de commerces sont vendus et tant d’appartements deviennent des BandB, mes amis vénitiens ne s’en offusqueront pas, c’est bien que ce sont à l’origine des Vénitiens qui vendent ou louent. Dans cet état de fait, il y a aussi une responsabilité de certains Vénitiens, très minoritaires heureusement.
Venise préfèrerait accueillir des amoureux de l’art, de l’histoire, des admirateurs de la vie sociale vénitienne, des curieux respectueux. Mais comment les sélectionner ? Et surtout, de quel droit ?

Tourisme de masse ou tourisme à Venise à l’avenir ?

Au débouché de l’épidémie que nous connaissons, certains Vénitiens évoquent l’idée de développer des activités d’excellence à Venise pour éviter la mono-économie du tourisme. Parallèlement, ils réfléchissent à réguler le tourisme. Mais il faudra pour cela modifier l’organisation administrative de la communauté de communes et mécontenter les investisseurs financiers et beaucoup d’hommes politiques, sans parler de sombres profiteurs underground. N’imaginons pas que le système va changer tout seul.
Aujourd’hui, Venise, c’est le profit économique qui se heurte aux valeurs de l’humain.

Les Vénitiens doivent agir et les amoureux de Venise avec. Il nous revient d’aider les Vénitiens. On en arrive à espérer qu’une règlementation contrôle le flux de touristes (mais comment et qur quels critères ?), contraigne l’économie touristique (quel levier pour peser sur l’économie mondiale ?) et développe des activités tierces (comment insuffler cette dynamique ?).
 Et cela, tout en évitant, comme le souhaitait le patron du Florian, que Venise n’accueille que des “touristes à fort pouvoir d’achat”.

Non, Venise et le monde ont besoin de démocratiser les voyages, accueillir les gens du monde entier, confronter les cultures.
Et l’on voit bien qu’on touche là à une réalité contradictoire, extrêmement complexe et que certains jugent “insoluble”.

Quelle solution pour les visiteurs que nous sommes ?

Si nous autres, touristes, n’avons pas les moyens individuellement de révolutionner le monde, alors peut-être pouvons-nous agir comme le colibri dans la fable amérindienne, simplement faire notre part.

Peut-être pouvons-nous toujours et encore

  • mettre en avant notre respect pour Venise et ses habitants,
  • valoriser la beauté pour que chacun y prenne plaisir à son tour,
  • préserver l’intimité de la vie sociale vénitienne,
  • imposer un slow-tourisme à ceux qui nous accompagnent,
  • découvrir et faire découvrir cette Venise unique,
  • aimer dans le respect et faire aimer.

Après tout, être un colibri, ce n’est pas rien, c’est déjà faire quelque chose.


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